Réponse au courrier adressé àl’Acapacc en date du 13 janvier 2020 concernant l’allongement de la piste de l’aéroport de Caen-Carpiquet

Monsieur le Président

Nous avons bien pris connaissance de votre courrier du 13 janvier dernier et nous vous en remercions. Cependant, il nous apparaît nécessaire de répondre aux différentes précisions que vous apportez dans votre lettre et de vous interpeller sur d’autres points.

Nous comprenons que vous considérez l’aéroport de Caen-Carpiquet indispensable à l’attractivité et à l’image de la Communauté Urbaine. S’il y a nécessité de créer un ensemble territorial équilibré, faut-il rappeler que l’aéroport de Deauville est à 45 km de Caen, qu’il rayonne de la même façon et possède déjà les infrastructures nécessaires et notamment une piste de 2300m pour accueillir de plus gros avions ? Le Havre-Octeville est à 60 km, Rouen-Vallée de la Seine à 120 km.

Quel type de développement économique, d’après vous, bénéficierait d’un allongement de la piste de Caen-Carpiquet ?
Les «déplacements d’affaires» sont en baisse (concurrencés sans doute et à juste titre par les vidéoconférences) et les voyages touristiques dans le sens Caen-Vacances A/ R, vous avez raison, explosent ! Il suffit de constater l’augmentation du trafic aérien les week-ends, aux périodes de vacances scolaires, en particulier au printemps et bien sûr en été. Pour permettre cet accroissement de trafic, il y a déjà sur la piste de Caen-Carpiquet des A319 avec 150/160 passagers qui circulent.
Faut-il encore plus ?

L’aéroport de Caen-Carpiquet est principalement un aéroport de proximité pour les habitants de la région qui font A/R vers leurs lieux de villégiature et pour cela, faut-il le répéter, la piste actuelle suffit. Combien de Corses ou de touristes étrangers prennent-ils l’avion à destination de Caen, via Lyon pour séjourner en Normandie ?
Vous évoquez, M. le Président,« la création de nouveaux liens vers des territoires qui jusqu’ici ne peuvent être rapidement connectés depuis Caen  et vous précisez  « que la conséquence logique sera une augmentation de trafic « sans toutefois augmenter les nuisances liées à  des mouvements d’avions complémentaires »… Ce raisonnement, il faut bien l’avouer, nous échappe complètement !
Toujours plus semble le maître mot de votre argumentaire: plus de passagers (+13 % selon vous et +11 % pour Mme Haize-Hagron…?), plus loin (Caen-Lyon-vers 15 villes françaises et européennes) sont au cœur du programme de l’aéroport de Caen-Carpiquet pour la période nov.2019-mars 2020.
Les arguments « toujours plus vite et toujours moins cher » s’accompagnent, devons-nous le rappeler, de leur corollaire incontournable « toujours plus de nuisances sonores et toujours plus de pollution atmosphérique avec des incidences sur la santé des populations et bien sûr plus de GES.
Un avion émet de 14 à 40 fois plus de CO2 que le train par KM/passager (Réseau Action-Climat). Et tout cela pour partir en vacances !
Si les destinations dont Rome, Milan, peuvent se concevoir du point de vue d’un trajet en avion via Lyon, toutes celles qui desservent l’Europe du Nord ou de l’est sont un non-sens environnemental (en particulier en terme de GES) puisqu’elles supposent de passer par Lyon (bien au sud de Caen) pour remonter à Bruxelles ou Amsterdam par exemple.

Le gain de temps, par avion, pour joindre Bordeaux, Toulouse, Biarritz ou Strasbourg est bien faible par rapport au train, mais l’impact environnemental est sans commune mesure et très en défaveur de l’avion.

Et si, M. Le Président, nous propulsions ensemble Caen la Mer et la Normandie, au rang de modèle en termes d’engagements concrets conformes aux décisions de la COP21 ? Et si, pour ce faire, nous reconsidérions le problème de l’allongement de la piste sous cet éclairage ? Et si nous devenions exemplaires en matière de transports ferroviaires en les rendant plus attractifs, plus fonctionnels, plus efficaces, plus fiables ? La Région contribuerait ainsi concrètement à la réduction des pollutions et à la lutte contre le réchauffement climatique. Elle apporterait un début de solution alternative à la problématique du transport aérien.

Comme vous le soulignez, Caen- Berlin par le train, ce sont 12h30 de trajet, par avion, 7 h30 soit 5 heures de moins, 5 heures souvent grignotées par les contraintes aéroportuaires. Ce gain de temps, au regard de l’impact environnemental, vous semble-t-il soutenable ?
Au risque de nous répéter, l’avion participe plus que tout autre mode de transport aux émissions de GES.
L’avion propre n’existe pas. Les bio-carburants, c’est toujours plus de destruction de forêts pour planter des palmiers (huile de palme) ou produire du colza aux dépens des cultures vivrières. Les bio-carburants donnent peut-être « bonne conscience » mais leur impact sur les GES est nul (selon l’ADEME, la production d’un bio-carburant nécessite autant de CO2 qu’il permettra d’en économiser lors de son utilisation). De plus ces bio-carburants ne sont pas vraiment adaptés au fonctionnement des moteurs d’avions.

Quant à la taxation du kérosène, le projet est bien timide et sa mise en place n’affectera pas suffisamment le prix du billet d’avion pour être dissuasif, à moins d’instaurer une taxe à la hauteur de ce qui se fait pour les autres modes de transport et d’atteindre ainsi une certaine équité fiscale.
Il est aussi très surprenant d’apprendre (votre courrier) qu’actuellement les extrémités de la piste de Caen-Carpiquet ne sont pas aux normes de sécurité « pour les conditions d’atterrissage et de décollages des avions ».
Qu’en est-il exactement ?
Si on se reporte aux caractéristiques de l’aéroport de « London-City » qui possède une piste de 1508m et qui accueille des A318 (70/100 passagers) et 3 millions de voyageurs/année, sans problème de sécurité, nous nous interrogeons sur la nécessité d’un allongement de piste à Caen-Carpiquet.
Enfin, Monsieur Le Président, votre lettre nous dit que « la collectivité ne verse aucune subvention d’exploitation » pour l’aéroport de Caen-Carpiquet. Pouvez-vous alors, nous apporter des précisions sur les subventions d’exploitation qui figurent dans le rapport des données financières de l’aéroport (données Société Info) pour les années suivantes :

  • 2015 : 1 134 780 €
  • 2017 : 720 299 €
  • 2018 : 491 897 €

15 millions d’euros pour apporter plus de pollution, plus de nuisances sonores, d’empoisonnement de l’environnement donc de notre santé, bétonner encore plus nos sols agricoles et impacter toujours plus la biodiversité.
Est-ce acceptable ?
L’hebdomadaire « Tendance-Ouest » annonce le 13 sept 2019 le lancement par la Région d’une étude sur les aéroports de Normandie en créant « l’Association des aéroports normands ». Où en est-elle ?

Ces rapports sont-ils consultables ?

En vous remerciant de l’intérêt que vous apporterez à ce courrier, veuillez croire, Monsieur Le Président, en notre total dévouement à la cause environnementale.

Téléchargez le courrier de Joël Bruneau